法國鍵政人如何開一家小偷公司?【硬核狠人24】

我為什么是一個盜賊?
譯者注:我承認我不會法文,因此這篇文章是以英文譯文為主法文為輔進行的翻譯,更他媽頭禿了……這篇文章國內(nèi)還沒有一篇成熟的翻譯。
譯者注:在20世紀之交,亞歷山大·馬里烏斯·雅各布最初以巴黎為基地領導了一伙有武裝的無政府主義者,他們的活動蔓延至了法國全境。雅各布承認參與了106起搶劫,以及于1903年阿布維爾的一場槍戰(zhàn)中殺死了一名警察。他在18個月后被捕并于1905年接受庭審。他被判有罪并被判處終身強制勞動。下文最初出現(xiàn)在 1905 年 4 月的《巴萊社會》中。不得不說,雅各布是個演講的天才。但歷史的局限性以及他自己知識水平的限制,導致的他對無政府主義的理解也并不算深刻,比如,他將盜竊作為反抗不公的工具。而這番演講放到任何一個人身上都是詭辯,但在這個人嘴里說出來卻是讓人無比信服。因為他是真的這么想的也是真的在踐行著他自己的理論。最主要是他做這一切的時候他是真的從公心出發(fā)。當他發(fā)現(xiàn)自己所踐行的主義有他無法回答的問題時他沒有逃避,沒有惱怒,更沒有崩潰,而是盡自己所能去思考怎么解決。
各位先生們:
你們現(xiàn)在知道我是誰了:一個以盜竊為生的叛逆者。此外,我還燒毀了幾家旅館,捍衛(wèi)了我的自由,反對官僚的迫害。
我公開了我的整個戰(zhàn)斗經(jīng)歷:我把它當作考驗你們智力的工具。(英文版翻譯:I laid bare to you my entire existence of combat: I submit it as a problem for your intelligence.;法文原文:J’ai mis à nu toute mon existence de lutte ; je la soumets comme un problème à vos intelligences.)
我不承認任何人有審判我的權(quán)力,我也不要求得到寬恕和赦免。我不會向那些我討厭和鄙視的人卑躬屈膝。你們是最強大的(Vous êtes les plus forts ! )!隨你怎么處置我,把我送進監(jiān)獄或者斷頭臺上,我不在乎!但在我上路之前,讓我來告訴你們。
既然你們指責我是小偷,那就很有必要來解釋解釋什么是小偷。
在我看來,盜竊是所有人為了滿足自己的胃口而能感受到的一種需要。這種需要無處不在:從如生命般出生又凋亡的恒星,到空間中生存的蟲豸,如此渺小又如此繁多,以至于我們難以分辨。生命不過盜竊和殘殺,如植物與野獸般為生存而殘食。
一個生命的誕生僅僅是作為他者的養(yǎng)分。不管人類達到了何種程度,或者更確切的說,就算達到最完美的程度,依舊受制于這一法則。唯有死亡方能逃脫(il ne peut s’y soustraire sous peine de mort. )。他殺死植物和野獸來養(yǎng)活自己。
萬靈之長:貪得無厭( Roi des animaux, il est insatiable.)。
除了維持生命的事物外,人們還需要空氣、水和陽光。不過我們幾時見過為了爭奪這些必需品而爭吵、殘殺的?據(jù)我所知,沒有。(Pas que je sache)。然而,空氣、水和陽光是世間最為珍貴的東西,離開了它們,人就無法生存。
我們可以連續(xù)幾天不觸碰那些使我們奴役自己的東西。但如果不觸碰空氣,我們又能堅持多久呢?連一刻鐘也不行。而水占據(jù)了人體的四分之三,對維持人體組織的活力必不可少。如果沒有熱量,沒有陽光,生命將毫無可能。
所以,每個人都會拿走或者說“竊走”能維持其他人生命的“滋養(yǎng)品”,那么法律會控訴每個人都有罪么?顯然不會!那么我們?yōu)槭裁匆褵崃?、陽光之類的滋養(yǎng)品和其它的東西區(qū)別對待呢( Pourquoi réserve-t-on le reste )?因為其他的東西都需要人們付出努力和進行一定的勞動。而勞動是一個社會的特征,也就是說,是所有個體的聯(lián)合,然后期望以很少(相比于單個人勞動)的努力來謀求幸福(Mais le travail est le propre d’une société, c’est-à-dire l’association de tous les individus pour conquérir, avec peu d’efforts, beaucoup de bien-être)。然而現(xiàn)實真的如此嗎?你們所謂的國家機器是否真的建立在這種組織形式上呢?事實證明,恰恰相反。
遍身羅綺者,不是養(yǎng)蠶人(一個人工作越多,賺的越少;而他生產(chǎn)越少,受益越多)( Plus un homme travaille, moins il gagne ; moins il produit, plus il bénéficie.)。因此,濟世救民之事不被考量(Le mérite n’est donc pas considéré)。只有膽大妄為之徒才會掌權(quán),并迅速把自己的強取豪奪合法化。
整個社會階級的從上到下,無一不是上層卑鄙而下層愚昧。你們又怎么指望看透了這些真理的我會尊重這種狀態(tài)呢?
賣酒的和開妓院的發(fā)財致富,而天才卻因貧困病死在醫(yī)院的床上。泥瓦匠住著草房;紡織娘沒有衣裳; 賣鹽的喝著淡湯,種田的吃著米糠; 磨面的吃瓜秧;炒菜的光聞著香; 編涼席的睡光床,招棺材的死路旁(注:和原文不同)( Le boulanger qui pétrit le pain en manque ; le cordonnier qui confectionne des milliers de chaussures montre ses orteils, le tisserand qui fabrique des stocks de vêtements n’en a pas pour se couvrir ; le ma?on qui construit des chateaux et des palais manque d’air dans un infect taudis)……什么都生產(chǎn)的人什么都沒有,什么都不生產(chǎn)的人什么都有。
這樣情況只會在工人階級和有產(chǎn)階級間產(chǎn)生對立。戰(zhàn)爭爆發(fā)了,仇恨接踵而來。
你們稱一個人是小偷、是強盜,并對他施加嚴苛的法律,那你們?yōu)槭裁床粏枂栕约海€能干些什么?你們可曾見過食利者入室盜竊?我從未見過,想必你們也沒有。不過我既不是食利者也不是地主,我只是一個靠著雙手和大腦努力維持生計的人,所以我不得不采取各種方式維持生存。但社會只“恩賜”了我三種生存方式:工作、乞討或盜竊。工作并不可恨,反而能使我愉悅,因為人不能不工作;我們的肌肉和大腦必須消耗大量的能量( ses muscles, son cerveau possèdent une somme d’énergie à dépenser.)。但我痛恨那些為了微薄的薪水而流血流汗的“工作”。這種“工作”不會給我創(chuàng)造任何財富。
一句話,向這種賣淫般的工作屈服是一種恥辱。而乞討則是墮落,是對一切尊嚴的否定。每個人都有權(quán)享受生命的盛宴。
人不乞求生存的權(quán)利,而人的生存權(quán)卻被奪去。(Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend)
盜竊是將一切歸還,拿回自己應得的東西,而不是像在流放地那樣被關(guān)在工廠里。與其像是乞討般為了我應得的東西低聲下氣喪失尊嚴,不如反叛與抗爭,與富人開戰(zhàn),從他們手里奪回我應得的東西。
當然,你們寧愿讓我服從你們的法律。成為一個溫馴而又勤勞的工人,給你們創(chuàng)造財富來換取可憐的薪水。至于當我無法工作且大腦麻木時,我應該拖著疲憊衰老的身軀和愚蠢的大腦爬到某個街角死去。這樣,你們就不會叫我為“憤世嫉俗的強盜”,而是叫我“老實的工人”了。如果之前的我足夠阿諛奉承的話,說不定還會給我頒發(fā)一枚勞動勛章,就像牧師向傻瓜們許諾天堂是多么的美好那樣。當然,你們不會像牧師這樣許諾抽象的愿望,因為你們會給他們一張白紙,一張獎狀(起碼有實物)。
我非常感謝你們的善心,非常感謝,先生們。我寧愿成為一個意識到自己權(quán)利的“憤世嫉俗的強盜”,也不愿成為一個只會工作的機器人,或者一個矗立著的無害的石像。
一旦我清楚了這些,我就毫無顧忌地進行偷竊。我沒有你們所謂尊重財產(chǎn)的“道德”。事實上,沒有比所有者更無恥的小偷了。
慶幸吧,先生們,這種所謂名叫“道德”的偏見已經(jīng)在人民中扎下了根,因為它是你們最優(yōu)秀的憲兵。你們清楚地知道你們所堅持的法律和武力軟弱無比,說得好聽些,道德已經(jīng)成為了你們最堅強的捍衛(wèi)者。但要小心,凡事都不會“萬壽永昌”。用陰謀詭計和武力搭建的一切,都可以被陰謀和武力摧毀。
人類無時無刻都在變化著(Le peuple évolue tous les jours)。難道你們看不見,在了解了真相的、清楚了自己權(quán)利的、那些忍饑挨餓的人,那些乞丐,那些可憐的人……所有的受害者,都拿起了扳手、撬棍,拿著武器武裝了自己,去襲擊你們,奪回屬于他們創(chuàng)造的財富,奪回你們從他們那里偷來的財富。
你覺得他們這樣會更加痛苦嗎?我認為不會。如果他們想清楚了這點,他們寧愿冒所有可能的風險,也不愿在他們痛苦的呻吟時,讓你們變得更加肥胖。
“監(jiān)獄……流放……斷頭臺”,會有人說到這些。但與工人們正在所有可能的痛苦中煎熬,過著非人般的生活相比。這些對我而言又算得了什么呢?
在地底下為了一點零星面包而勞作的礦工,沒有陽光,隨時都可能成為爆炸的受害者;在屋頂上勞作的瓦工,隨時可能跌落碎成數(shù)塊;水手知道自己將要出發(fā),但卻不知是否還能歸來。大量工人在自己的崗位上患上致命的疾病,自己筋疲力盡,只不過是毒害自己。即使是憲兵、警察和你們的貼身男仆,你們的走狗,他們?yōu)榱四芏嗫行┕穷^,也會在與你們的敵人的戰(zhàn)斗中死去。
執(zhí)著于狹隘的利己主義,你們是不是對這個境況保持懷疑?“人們畏懼我們”,你們可能會說,“我們用恐懼和鎮(zhèn)壓來管理人民。要是他敢大喊大叫,我們會把他丟進監(jiān)獄;要是他犯了錯誤,我們會讓他滾去流放地;要是他想采取行動,我們會把他推向斷頭臺!”
先生們,相信我,你們錯了。你們的審判決不會是對人民反抗的補救措施。鎮(zhèn)壓絕不是一種補救措施,它只會加劇反抗。
強制措施只會埋下仇恨和報復的種子。這是一個致命的循環(huán)。無論如何,自從你們砍掉了人頭,自從你們將反抗者押入流放地和監(jiān)獄,你們又能有什么辦法來阻止仇恨的顯現(xiàn)呢?說話!回答!事實證明了你們的無能!
就我而言,我非常清楚我的行為,除了流放地或斷頭臺之外別無他路。但你們必須明白,這沒有阻擋我的行動。如果我投身于盜竊,那不是利益問題,而是原則問題。我寧愿保護自己的自由、獨立和男人的尊嚴,也不愿讓自己成為給他人創(chuàng)造財富的奴隸。我寧愿搶劫,也不愿被搶!
當然,我也譴責一個人通過暴力和詭計搶奪他人的勞動成果。但正因為如此,我才向偷竊窮人財產(chǎn)的富人開戰(zhàn)。我也想生活在一個消滅了盜賊的社會。我只贊成并使用盜竊作為消滅個人財產(chǎn)這種最不公正的盜竊的手段。
欲滅其果,必先滅因。如果存在盜竊,那是因為一些人有著豐富的財富,而另一些人一無所有;因為一切都只屬于少數(shù)“盜賊”。只有當人們將快樂和痛苦、勞動和財富共同分享,只有當一切都屬于每個人時,斗爭才會消失。
革命的無政府主義者們,我進行了革命。
無政府主義萬歲!
為了《萌芽》,為了你們,為了事業(yè)!
法文原文:
Messieurs,
Vous savez maintenant qui je suis?: un révolté vivant du produit des cambriolages. De plus j’ai incendié plusieurs h?tels et défendu ma liberté contre l’agression d’agents du pouvoir. J’ai mis à nu toute mon existence de lutte?; je la soumets comme un problème à vos intelligences. Ne reconnaissant à personne le droit de me juger, je n’implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et méprise. Vous êtes les plus forts?! Disposez de moi comme vous l’entendrez, envoyez-moi au bagne ou à l’échafaud, peu m’importe?! Mais avant de nous séparer, laissez-moi vous dire un dernier mot.
Puisque vous me reprochez surtout d’être un voleur, il est utile de définir ce qu’est le vol.
à mon avis, le vol est un besoin de prendre que ressent tout homme pour satisfaire ses appétits. Or ce besoin se manifeste en toute chose?: depuis les astres qui naissent et meurent pareils à des êtres, jusqu’à l’insecte qui évolue dans l’espace, si petit, si infime que nos yeux ont de la peine à le distinguer. La vie n’est que vols et massacres. Les plantes, les bêtes s’entre-dévorent pour subsister. L’un ne na?t que pour servir de pature à l’autre?; malgré le degré de civilisation, de perfectibilité pour mieux dire, où il est arrivé, l’homme ne faillit pas à cette loi?; il ne peut s’y soustraire sous peine de mort. Il tue et les plantes et les bêtes pour s’en nourrir. Roi des animaux, il est insatiable.
En outre des objets alimentaires qui lui assurent la vie, l’homme se nourrit aussi d’air, d’eau et de lumière. Or a-t-on jamais vu deux hommes se quereller, s’égorger pour le partage de ces aliments?? Pas que je sache. Cependant ce sont les plus précieux sans lesquels un homme ne peut vivre. On peut demeurer plusieurs jours sans absorber de substances pour lesquelles nous nous faisons esclaves. Peut-on en faire autant de l’air?? Pas même un quart d’heure. L’eau compte pour trois quarts du poids de notre organisme et nous est indispensable pour entretenir l’élasticité de nos tissus?; sans la chaleur, sans le soleil, la vie serait tout à fait impossible.
Or tout homme prend, vole ces aliments. Lui en fait-on un crime, un délit?? Non certes?! Pourquoi réserve-t-on le reste?? Parce que ce reste exige une dépense d’effort, une somme de travail. Mais le travail est le propre d’une société, c’est-à-dire l’association de tous les individus pour conquérir, avec peu d’efforts, beaucoup de bien-être. Est-ce bien là l’image de ce qui existe?? Vos institutions sont-elles basées sur un tel mode d’organisation?? La vérité démontre le contraire. Plus un homme travaille, moins il gagne?; moins il produit, plus il bénéficie. Le mérite n’est donc pas considéré. Les audacieux seuls s’emparent du pouvoir et s’empressent de légaliser leurs rapines. Du haut en bas de l’échelle sociale tout n’est que friponnerie d’une part et idiotie de l’autre. Comment voulez-vous que, pénétré de ces vérités, j’aie respecté un tel état de choses??
Un marchand d’alcool, un patron de bordel s’enrichit, alors qu’un homme de génie va crever de misère sur un grabat d’h?pital. Le boulanger qui pétrit le pain en manque?; le cordonnier qui confectionne des milliers de chaussures montre ses orteils, le tisserand qui fabrique des stocks de vêtements n’en a pas pour se couvrir?; le ma?on qui construit des chateaux et des palais manque d’air dans un infect taudis. Ceux qui produisent tout n’ont rien, et ceux qui ne produisent rien ont tout.
Un tel état de choses ne peut que produire l’antagonisme entre les classes laborieuses et la classe possédante, c’est-à-dire fainéante. La lutte surgit et la haine porte ses coups.
Vous appelez un homme ??voleur et bandit??, vous appliquez contre lui les rigueurs de la loi sans vous demander s’il pouvait être autre chose. A-t-on jamais vu un rentier se faire cambrioleur?? J’avoue ne pas en conna?tre. Mais moi qui ne suis ni rentier ni propriétaire, qui ne suis qu’un homme ne possédant que ses bras et son cerveau pour assurer sa conservation, il m’a fallu tenir une autre conduite. La société ne m’accordait que trois moyens d’existence?: le travail, la mendicité, le vol. Le travail, loin de me répugner, me pla?t, l’homme ne peut même pas se passer de travailler?; ses muscles, son cerveau possèdent une somme d’énergie à dépenser. Ce qui m’a répugné, c’est de suer sang et eau pour l’aum?ne d’un salaire, c’est de créer des richesses dont j’aurais été frustré. En un mot, il m’a répugné de me livrer à la prostitution du travail. La mendicité c’est l’avilissement, la négation de toute dignité. Tout homme a droit au banquet de la vie.
Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.
Le vol c’est la restitution, la reprise de possession. Plut?t que d’être clo?tré dans une usine, comme dans un bagne?; plut?t que mendier ce à quoi j’avais droit, j’ai préféré m’insurger et combattre pied à pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je con?ois que vous auriez préféré que je me soumette à vos lois?; qu’ouvrier docile et avachi j’eusse créé des richesses en échange d’un salaire dérisoire et, lorsque le corps usé et le cerveau abêti, je m’en fusse crever au coin d’une rue. Alors vous ne m’appelleriez pas ??bandit cynique??, mais ??honnête ouvrier??. Usant de la flatterie, vous m’auriez même accordé la médaille du travail. Les prêtres promettent un paradis à leurs dupes?; vous, vous êtes moins abstraits, vous leur offrez un chiffon de papier.
Je vous remercie beaucoup de tant de bonté, de tant de gratitude, messieurs. Je préfère être un cynique conscient de mes droits qu’un automate, qu’une cariatide.
Dès que j’eus possession de ma conscience, je me livrai au vol sans aucun scrupule. Je ne coupe pas dans votre prétendue morale, qui pr?ne le respect de la propriété comme une vertu, alors qu’en réalité il n’y a de pires voleurs que les propriétaires.
Estimez-vous heureux, messieurs, que ce préjugé ait pris racine dans le peuple, car c’est là votre meilleur gendarme. Connaissant l’impuissance de la loi, de la force pour mieux dire, vous en avez fait le plus solide de vos protecteurs. Mais prenez-y garde?; tout n’a qu’un temps. Tout ce qui est construit, édifié par la ruse et la force, la ruse et la force peuvent le démolir.
Le peuple évolue tous les jours. Voyez-vous qu’instruits de ces vérités, conscients de leurs droits, tous les meurt-de-faim, tous les gueux, en un mot, toutes vos victimes, s’armant d’une pince-monseigneur aillent livrer l’assaut à vos demeures pour reprendre leurs richesses, qu’ils ont créées et que vous leur avez volées. Croyez-vous qu’ils en seraient plus malheureux?? J’ai l’idée du contraire. S’ils y réfléchissent bien, ils préféreraient courir tous les risques plut?t que de vous engraisser en gémissant dans la misère. La prison... le bagne... l’échafaud?! dira-t-on. Mais que sont ces perspectives en comparaison d’une vie d’abruti, faite de toutes les souffrances. Le mineur qui dispute son pain aux entrailles de la terre, ne voyant jamais luire le soleil, peut périr d’un instant à l’autre, victime d’une explosion de grisou?; le couvreur qui pérégrine sur les toitures peut faire une chute et se réduire en miettes?; le marin conna?t le jour de son départ, mais il ignore s’il reviendra au port. Bon nombre d’autres ouvriers contractent des maladies fatales dans l’exercice de leur métier, s’épuisent, s’empoisonnent, se tuent à créer pour vous?; il n’est pas jusqu’aux gendarmes, aux policiers, vos valets qui, pour un os que vous leur donnez à ronger, trouvent parfois la mort dans la lutte qu’ils entreprennent contre vos ennemis.
Entêtés dans votre égo?sme étroit, vous demeurez sceptiques à l’égard de cette vision, n’est-ce pas?? Le peuple a peur, semblez-vous dire. Nous le gouvernons par la crainte de la répression?; s’il crie, nous le jetterons en prison?; s’il bronche, nous le déporterons au bagne?; s’il agit, nous le guillotinerons?! Mauvais calcul, messieurs, croyez-m’en. Les peines que vous infligerez ne sont pas un remède contre les actes de révolte. La répression, bien loin d’être un remède, voire un palliatif n’est qu’une aggravation du mal.
Les mesures correctives ne peuvent que semer la haine et la vengeance. C’est un cycle fatal. Du reste, depuis que vous tranchez des têtes, depuis que vous peuplez les prisons et les bagnes, avez-vous empêché la haine de se manifester?? Dites?! Répondez?! Les faits démontrent votre impuissance. Pour ma part, je savais pertinemment que ma conduite ne pouvait avoir pour moi d’autre issue que le bagne ou l’échafaud. Vous devez voir que ce n’est pas ce qui m’a empêché d’agir. Si je me suis livré au vol, ?a n’a pas été une question de gains, de livres, mais une question de principe, de droit. J’ai préféré conserver ma liberté, mon indépendance, ma dignité d’homme, que me faire l’artisan de la fortune d’un ma?tre. En termes plus crus, sans euphémisme, j’ai préféré être voleur que volé.
Certes, moi aussi je réprouve le fait par lequel un homme s’empare violemment et avec ruse du fruit du labeur d’autrui. Mais c’est précisément pour cela que j’ai fait la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres. Moi aussi je voudrais vivre dans une société où le vol serait banni. Je n’approuve et n’ai usé du vol que comme moyen de révolte propre à combattre le plus inique de tous les vols?: la propriété individuelle.
Pour détruire un effet, il faut au préalable en détruire la cause. S’il y a vol, ce n’est que parce qu’il y a abondance d’une part et disette de l’autre?; que parce que tout n’appartient qu’à quelques-uns. La lutte ne dispara?tra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses?; que lorsque tout appartiendra à tous.
Anarchiste révolutionnaire j’ai fait ma révolution,
Vienne l’Anarchie